Ville de Pripyat – Zone des 30 kms – Tchernobyl District – 2017.
Inauguré officiellement en 1976, l’hôpital n°126 de Pripyat était un établissement moderne de 5 étages, à l’architecture soviétique typique des années 70 : lignes droites, beaucoup de béton préfabriqué, grandes fenêtres. Il symbolisait parfaitement l’« atome pacifique » et le niveau de vie élevé promis aux travailleurs du nucléaire soviétique.

Considéré comme l’un des meilleurs hôpitaux régionaux d’Ukraine, il avait une capacité de 410-420 lits, ce qui était largement suffisant pour les 50 000 habitants de Pripyat ainsi que les villages alentour. L’établissaient était ultra moderne pour l’époque : blocs opératoires neufs, maternité et pédiatrie, service de réanimation bien équipé, appareils de radiologie dernier cri, laboratoire d’analyses performant et même un service de stomatologie (dentaire) ultra-moderne avec des fauteuils importés d’Allemagne de l’Est. Beaucoup de médecins venaient volontairement à Pripyat car les salaires étaient 1,5 à 2 fois plus élevés qu’ailleurs (prime « nucléaire »), les logements gratuits, et la ville était neuve et agréable.
Les habitants de Pripyat disaient souvent en plaisantant : « À Pripyat, on accouche à l’hôpital n°126 et on meurt à l’hôpital n°126 », parce qu’il était tellement bien équipé qu’on n’avait presque jamais besoin d’être transféré à Kiev.

Le 25 avril 1986 au soir, c’était un vendredi normal : accouchements, quelques appendicites, des fractures (chantiers de construction partout dans la ville), des consultations prénatales.
Pourtant, l’hôpital va jouer un rôle tragique dans les heures et les jours qui ont suivi l’explosion du réacteur n°4 dans la nuit du 25 au 26 avril 1986.
Dès 2 heures du matin le 26 avril, les premiers pompiers et travailleurs de la centrale gravement irradiés commencent à affluer à l’hôpital.
Beaucoup d’entre eux venaient directement du toit du réacteur (les fameux « liquidateurs ») ou avaient combattu l’incendie sans aucune protection contre les radiations.
Les premiers patients présentaient des symptômes étranges : vomissements incoercibles, brûlures cutanées bizarres, goût métallique dans la bouche…
Les médecins de Pripyat n’avaient jamais vu cela et pensaient d’abord à un empoisonnement chimique ou à des brûlures thermiques classiques.
Médecins et infirmières de l’hôpital ont d’ailleurs eux-mêmes reçu des doses très élevées en essayant de sauver les premiers liquidateurs. Beaucoup ont développé plus tard des maladies radio-induites.
Très vite, l’hôpital est submergé. Les victimes arrivent par dizaines. Les pompiers de la caserne de Pripyat sont presque tous là.
La plupart mourront dans les deux semaines suivantes à l’hôpital n°6 de Moscou.
Les vêtements hautement contaminés des pompiers (niveaux de radioactivité atteignant plusieurs centaines de sieverts/heure) sont découpés et jetés dans les sous-sols de l’hôpital. Ces vêtements (bottes, casques, combinaisons) sont toujours là aujourd’hui et restent parmi les objets les plus radioactifs de toute la zone interdite.
L’hôpital continuera de recevoir les travailleurs de la centrale et les premiers liquidateurs jusqu’à l’évacuation totale de Pripyat le 27 avril à 14 h. Après cela, l’hôpital est abandonné en l’état : dossiers médicaux, lits, matériel, jouets dans le service pédiatrique, tout est resté figé depuis 1986.
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